Le 23 février 1997 disparaissait Malcolm Evans à l'âge de 54 ans des suites d'une longue maladie supportée avec courage et dignité. Malcolm Evans avait passé 24 ans à UNIDROIT, dont il avait été le Secrétaire Général durant les 13 dernières années.
Né de parents gallois à Poole, Dorset (Royaume-Uni) le 8 mai 1942, Malcolm Evans a fait son droit au Balliol College, Oxford, où il s'est spécialisé en droit continental. Après trois ans durant lesquels il a enseigné à l'Université d'Exeter, révélant à ses étudiants ses qualités d'homme et de juriste et gagnant une popularité qui n'allait jamais l'abandonner, son intérêt pour les jeunes institutions européennes et ses dons linguistiques l'ont mené, accompagné de sa jeune épouse italienne Carla, à Strasbourg où, de 1968 à 1973, après une courte période passée au greffe de la Cour européenne des Droits de l'Homme, il a intégré la Division centrale de la Direction des affaires juridiques du Conseil de l'Europe. Assistant personnel de M. Heribert Golsong, il a travaillé au sein d'une équipe de jeunes et talentueux juristes, comprenant M. Francis Jacobs, qui allait par la suite devenir professeur et Avocat Général à la Cour de Justice des Communautés Européennes, M. Hans-Christian Krüger, qui prendra les fonctions de Secrétaire Général Adjoint du Conseil de l'Europe, et M. Hans-Jürgen Bartsch, professeur, avec lesquels il a gardé des liens d'amitié sa vie durant.
Il se tournait bientôt vers l'Italie, motivé par ses liens familiaux, mais inspiré aussi par un intérêt croissant pour le système juridique italien dont témoigne son fécond article "The Italian Constitutional Court" écrit pour la International and Comparative Law Quarterly Review. Sa prise de fonction à Unidroit en avril 1973 prenait ainsi tout son sens, tant sous l'angle professionnel que personnel et, trois ans après, il était nommé Secrétaire Général Adjoint. Travailleur infatigable, il affirme ses compétences dans les domaines les plus variés du droit. Après avoir appuyé les efforts de l'Institut pour promouvoir la Convention internationale de 1970 sur le contrat de voyage, il suit les pas de son prédécesseur André Hennebicq qui avait été pendant de nombreuses années au coeur des efforts d'unification en Europe du droit des transports par route et en navigation intérieure, et le droit des transports devient son domaine de prédilection. Des multiples initiatives entreprises à Unidroit, on retiendra ce que lui-même considérait comme ses deux principaux projets, qui ont abouti d'une part à la Convention sur la responsabilité civile pour les dommages causés au cours du transport de marchandises dangereuses par route, rail et bateaux de navigation intérieure (C.R.T.D.) adoptée à Genève en 1989 sous les auspices de la Commission économique pour l'Europe des Nations Unies, et d'autre part la Convention des Nations Unies sur la responsabilité des exploitants de terminaux de transport dans le commerce international, adoptée à Vienne en 1991.
Son mandat de Secrétaire Général Adjoint a été marqué surtout par l'adoption de la Convention de 1983 sur la représentation en matière de vente internationale de marchandises, qui couronnait de nombreuses années de travaux à l'Institut. En 1984, il est nommé Secrétaire Général, en reconnaissance de ses compétences et de sa prodigieuse capacité de travail. Une nouvelle ère de succès s'ouvre alors pour l'Institut avec l'adoption des Conventions d'Ottawa de 1988 sur le crédit-bail international et sur l'affacturage international, et la Convention de Rome de 1995 sur les biens culturels volés ou illicitement exportés. Son sens du pragmatisme, et ses dons de visionnaire peut-être, le conduisent à appuyer la publication sous les auspices de l'Institut en 1994 des Principes relatifs aux contrats du commerce international, qui continuent de s'avérer une réussite extraordinaire d'Unidroit. Une autre réalisation majeure a été la réorganisation de la Revue de droit uniforme dont il était le Rédacteur en chef, et à laquelle il a consacré des efforts considérables.
A des qualités scientifiques unanimement reconnues, Malcolm Evans alliait des dons de gestionnaire avisé qui ont été précieux pour l'Institut. Il s'est entouré d'une équipe de jeunes juristes de différentes nationalités, qu'il a forgés à ses conceptions et à ses critères du rôle d'une organisation intergouvernementale au seuil du XXIème siècle. De ses nombreuses et exceptionnelles qualités humaines, on rappellera sa générosité, sa disponibilité constante envers autrui, sa loyauté, son humour, qui l'ont fait aimer de tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître et de travailler avec lui. Malgré son dévouement et ses responsabilités professionnelles, il cultivait de multiples et éclectiques intérêts allant de la musique et de la poésie, au rugby qui était peut-être l'expression la plus marquée de ses origines galloises. Sa curiosité pour les idées nouvelles alliée à son caractère réfléchi ont fait de lui la personne idéale pour diriger Unidroit à un moment de changements radicaux.
Il a consacré toute son âme à l'institution qu'il chérissait, et à laquelle il a indissolublement lié son nom. Sous sa direction, l'Institut a accru son rayonnement, augmentant le cercle des Etats et des juristes impliqués dans ses travaux, et faisant preuve d'imagination pour offrir une réponse aux défis auxquels la méthodologie de l'unification du droit s'est trouvée confrontée avec les bouleversements de cette même société que l'unification se propose de servir.