SIR ROY M. GOODE (1933-2026) IN MEMORIAM

C’est avec une immense tristesse qu’UNIDROIT pleure la disparition du Professeur Sir Roy Goode CBE KC DCL FBA, l’un des plus grands juristes de notre époque, figure emblématique du droit commercial et ami fidèle de l’Institut depuis plus d’un demi-siècle. Sir Roy s’est éteint à Oxford le 24 juin 2026, à l’âge de 93 ans. Son décès est une source de profonde tristesse non seulement pour sa famille et ses amis, mais aussi pour l’ensemble de la communauté nationale et internationale des universitaires, des artisans de la réforme du droit, des juges et des praticiens qui, pendant des décennies, ont travaillé à la lumière de son intelligence exceptionnelle.

Sir Roy faisait partie, et restera à jamais, de la vie et de la mémoire de l’Institut. Ses liens avec UNIDROIT remontent à 1975, lorsque le Professeur Benjamin Wortley le nomma Collaborateur correspondant de l’Institut, en reconnaissance de ses “connaissances exceptionnelles en matière de crédit-bail”. Sir Roy accepta cette nomination depuis l’Australie, où il se trouvait alors, le 1er août 1975. Cette nomination fut le point de départ d’une relation d’une rare profondeur et d’une remarquable constance: membre du Conseil de Direction de 1989 à 2003, puis membre ad honorem; Président de la Fondation d’UNIDROIT de 2003 à 2013; rapporteur, rédacteur juridique, commentateur, conseiller, collègue et ami fidèle jusqu’à la toute fin. Sa dernière fonction institutionnelle fut celle de Président du Comité pilote international pour le Centenaire d’UNIDROIT. Personne n’était mieux placé que lui pour présider les célébrations marquant plus de cent années d’existence d’UNIDROIT, lui qui avait lui-même joué un rôle de premier plan dans son histoire pendant plus de la moitié de cette longue période.

Les talents de Sir Roy étaient extraordinaires. Il avait cette capacité rare de voir dans le droit commercial, et d’en faire, le langage juridique grâce auquel le commerce peut se développer à l’échelle nationale comme internationale. Il jouissait d’une clarté de pensée exceptionnelle qu’il consacra, tout au long de sa vie, à relier la doctrine juridique à la réalité commerciale. C’était un universitaire des plus accomplis; mais il avait été – et resterait toujours, dans son esprit – un praticien hors pair. Il voyait là où les autres ne voyaient pas; il allait plus loin que quiconque; il travaillait avec une énergie et une persévérance qui semblaient inépuisables.

Sa légendaire alliance de clarté de pensée et de sens pratique fit très tôt de lui une figure indispensable à UNIDROIT. Des premiers travaux sur le crédit-bail international et l’affacturage jusqu’au système du Cap, Sir Roy contribua à façonner des instruments juridiques à la fois pragmatiques et ouverts, rigoureux sans être rigides, ambitieux sans jamais perdre de vue les opérations auxquelles ils étaient destinés.

Membre du Groupe d’étude d’UNIDROIT sur le contrat de crédit-bail dès 1977, Sir Roy devint par la suite Président du Comité de rédaction chargé de préparer la Convention sur le crédit-bail international, avant de jouer un rôle central dans les travaux qui aboutirent à la Conférence diplomatique d’Ottawa de 1988. Sa contribution à l’affacturage fut tout aussi remarquable. Il présida l’ensemble des sessions du Comité d’experts gouvernementaux et dirigea les discussions qui aboutirent à l’adoption de la Convention d’UNIDROIT sur l’affacturage international. Mais ce n’était nullement la fin de son parcours. Sir Roy continua d’accompagner UNIDROIT au fil des années, comme en témoigne de manière remarquable sa participation active, trente-cinq ans plus tard, aux travaux du Groupe de travail ayant conduit à l’élaboration d’une Loi type sur l’affacturage en 2023.

Pourtant, il est impossible d’évoquer Sir Roy sans penser à la Convention du Cap, tout comme il est impossible d’évoquer la Convention du Cap sans penser à Sir Roy. Son rôle y fut fondateur et essentiel dans chacun de ses Protocoles. Pour la Convention et le Protocole aéronautique, il présida le Comité d’étude, le Sous-comité chargé de l’élaboration du premier projet, le Comité pilote et de révision, fut Rapporteur des experts gouvernementaux conjoints de l’OACI et d’UNIDROIT, et présida le Comité de rédaction de la Conférence diplomatique. Pour le Protocole ferroviaire, il fut Rapporteur des experts gouvernementaux conjoints de l’OTIF et d’UNIDROIT ainsi qu’à la Conférence diplomatique. Pour le Protocole spatial, il fut successivement membre, Conseiller, Président ou co-Président des principaux organes de rédaction, délégué du Royaume-Uni pour les mesures en cas d’inexécution, Rapporteur auprès de la Commission plénière lors de la Conférence diplomatique et Consultant auprès de la Commission préparatoire. Enfin, pour le Protocole MAC, il fut Rapporteur auprès de la Commission plénière lors de la Conférence diplomatique ainsi que Rapporteur au sein de la Commission préparatoire. Il couronna cette œuvre par la rédaction des Commentaires officiels de la Convention et de chacun de ses quatre Protocoles, y compris de leurs éditions révisées successives, publiées jusqu’en 2024. Sir Roy en était venu à incarner le système du Cap, ensemble exceptionnel de traités désormais considéré, à juste titre, comme l’une des réalisations majeures du droit commercial transnational moderne. Il fut ainsi l’architecte du droit commercial mondial, probablement dans une mesure plus grande que toute autre personne dans l’histoire du droit.

Un mot supplémentaire s’impose au sujet de ces œuvres rares et singulières que sont les Commentaires officiels. Sir Roy fut désigné ad personam comme unique rédacteur de chacun d’entre eux par l’ensemble des conférences diplomatiques, recevant des États le mandat d’éclairer l’interprétation d’un ensemble de traités régissant l’accès au crédit à travers le monde. Ses analyses et ses opinions sont devenues un instrument d’interprétation situé à mi-chemin entre la lettre du traité et l’analyse indépendante d’un universitaire. Lui – et lui seul – fut le dépositaire du respect et de la confiance des États, au point que son interprétation en vint à être considérée comme faisant presque autorité. Pendant des années, il consacra son énergie à la rédaction de neuf Commentaires officiels et demeura le grand interprète et gardien du système du Cap. À la connaissance du Secrétariat, aucun autre universitaire n’a jamais servi la réforme du droit commercial international de manière aussi complète: en qualité d’architecte, de rédacteur, de négociateur, de Professeur, d’interprète et de gardien.

Sir Roy a également contribué à l’élaboration de plusieurs autres instruments d’UNIDROIT. Des Principes relatifs aux contrats du commerce international, dont il fut membre du Groupe de travail chargé de préparer la troisième édition, jusqu’à sa participation aux travaux sur les Principes relatifs aux actifs numériques et au droit privé, son engagement ne s’est jamais démenti. Le voir débattre avec passion des subtilités du droit des biens appliqué aux actifs numériques témoignait tout autant de son indéfectible attachement à UNIDROIT que de son insatiable curiosité intellectuelle. Dans ces fonctions, comme dans tant d’autres, il apporta à UNIDROIT tout ce que ses collègues du monde entier lui reconnaissaient: un savoir exceptionnel, une rigueur intellectuelle sans faille, une profonde humanité, une générosité sans réserve et la conviction que le droit atteint sa plus grande noblesse lorsqu’il est utile, fondé sur des principes et accessible à tous.

Son rayonnement s’étendait bien au-delà d’UNIDROIT. À l’Université Queen Mary de Londres, il fonda en 1980 le Centre for Commercial Law Studies, devenu l’un des principaux centres mondiaux de droit commercial, avec lequel UNIDROIT a ensuite créé un institut commun. À Oxford, où il fut nommé Professeur de droit anglais en 1990, il contribua à faire du droit commercial une discipline majeure de l’enseignement et de la recherche, et continua, bien après avoir pris sa retraite, à enseigner et à accompagner de jeunes chercheurs. Ses écrits ont formé des générations de juristes. Commercial Law, Principles of Corporate Insolvency Law ou Legal Problems of Credit and Security, pour ne citer que quelques exemples, sont devenus des ouvrages de référence pour les universitaires comme pour les praticiens, bien au-delà des systèmes de common law. Au sein d’UNIDROIT, ses réalisations et les nombreuses distinctions qui lui furent décernées étaient accueillies avec admiration, mais aussi avec cette fierté particulière que suscite l’un des siens.

La véritable mesure de la grandeur de Sir Roy résidait dans ses qualités humaines, qui rendent cette perte particulièrement douloureuse pour UNIDROIT. Si les travaux de Sir Roy ont contribué à façonner certaines des réalisations les plus marquantes de l’Institut, c’est son amitié qui a contribué à façonner l’esprit d’UNIDROIT. Il incarnait ce qu’UNIDROIT a de meilleur: l’indépendance d’esprit, la fidélité à la méthode comparative, la courtoisie dans le désaccord, la patience dans le travail de rédaction et la conviction que la réforme du droit est une œuvre collective qui exige tout à la fois précision et humanité.

Il est particulièrement approprié que son nom accompagne d’ores et déjà les générations futures à travers la Bourse Sir Roy Goode d’UNIDROIT, qui offre à de jeunes chercheurs et professionnels du droit la possibilité de mener des recherches au sein de la Bibliothèque d’UNIDROIT et de travailler aux côtés du Secrétariat à Rome. UNIDROIT trouve un profond réconfort dans cette continuité. L’héritage de Sir Roy ne vivra pas seulement dans ses écrits conservés à la Bibliothèque; il perdurera dans les générations de chercheurs qu’il continuera d’inspirer, dans les questions qu’il continuera de susciter et dans les jeunes universitaires qui viendront à UNIDROIT en portant son nom.

Au nom du Conseil de Direction, du Secrétariat et de l’ensemble de la communauté d’UNIDROIT, nous adressons nos plus sincères condoléances à Catherine et Naomi, à leur famille, ainsi qu’aux nombreux amis, collègues, anciens étudiants de Sir Roy et à toutes celles et tous ceux dont la vie a été marquée par sa sagesse et sa générosité.

Sir Roy Goode a consacré à UNIDROIT un demi-siècle de sa vie, offrant non seulement son temps précieux et si rare, mais aussi sa confiance, son intelligence exceptionnelle, son jugement éclairé, sa loyauté indéfectible et son affection sans faille. Par son exemple, il nous a rappelé que les plus grands juristes ne sont pas seulement ceux qui maîtrisent le droit, mais aussi ceux qui permettent aux autres de mieux le servir. Nous le pleurons avec une gratitude infinie. Nous garderons de lui un souvenir empreint d’admiration. Il nous manquera profondément, aujourd’hui et toujours.

Qu’il repose en paix

 

 

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